Betty Bui sur l’écran Caszuidas, Amsterdam.

Dans le cadre du cycle « VIDEO GUIDE – Marseilles » – diffusions sur l’écran Caszuidas à Amsterdam, Hollande – Videospread a le plaisir de présenter à partir du mois d’avril 2009 et pendant un an, l’exposition personnelle de Betty Bui
«Illusions».

Profession : Artiste
Genre : Femme
Il aura fallu plus d’un siècle et la persévérance de nombreuses femmes pour briser l’enfermement dans lequel se trouvaient les artistes de sexe féminin (exclues alors de l’enseignement des Beaux-Arts, ayant interdiction de signer un contrat avec une galerie sans l’accord de leur mari…), et pour tracer la voie qui est celle qu’empruntent les femmes artistes aujourd’hui. Voie, qui leur assure un statut d’égalité dans une pratique qui a longtemps été l’apanage des hommes.
Les réseaux féminins d’artistes, écrivains, galeristes, mécènes… qui se forment à Paris avant, entre-deux et après guerre ne sont pas tant des réseaux de solidarité professionnelle, sexuelle, sociale ou culturelle entre femmes, mais davantage une communauté qui permettra à d’autres femmes d’agir en sachant qu’elles sont partie intégrante d’une réalité partagée.
Marie Laurencin, Tamara de Lempicka, Sonia Delaunay, Iris Clert, Niki de Saint Phalle, Annette Messager ou Louise Bourgeois, pour ne citer qu’une infime partie d’entres elles, ont tour à tour trouvé leur place dans un monde artistique longtemps contrôlé par les hommes, et ont permis à d’autres femmes artistes de se projeter au delà de préoccupations purement formelles pour participer à la construction d’une théorie globale sur l’évolution de l’art.
Le programme de Betty Bui – Illusions – est le quatrième d’une série de sept expositions personnelles dédiée au travail d’artistes femmes contemporaines, ayant choisi le champ de l’art comme terrain de recherche, lieu d’expression et de développement.

Betty Bui
Illusions
– Texte de Guillaume Mansart –

 

Dans son travail sculptural Betty Bui use parfois du changement d’échelle ou de l’hybridation d’objets pour créer les contours d’un univers fantastique dans lequel l’imaginaire travaille les limites du possible (un livre hors format en guise de « canapé lit », des nénuphars à ressorts sorte de trampoline de fable, des traces de pas de géant flottant sur le cours d’une rivière…). S’intéressant à travers d’infimes mouvements à la transformation d’éléments ou d’objets de notre quotidien, elle dessine les lignes d’une déviation possible du réel. Betty Bui installe son œuvre quelque part entre le détournement de l’usage et l’appropriation de signes inscrits dans la mémoire de tous. Les objets ou les images pervertis sont pour elle le moyen d’exprimer la possibilité de trouver l’invraisemblable dans toutes choses, dans chaque regard porté sur le monde.

Ses œuvres vidéos procèdent de cette même volonté de partir d’un référent partagé et vécu pour emmener vers des sphères improbables autant que poétiques. Betty Bui explore les failles des images, et joue de notre certitude à voir en elles l’exacte vérité. Ces vidéos sont alors le lieu de l’intrusion de l’imaginaire dans l’espace du connu. Il s’agit pour l’artiste de proposer une désorientation, comme une perte de repères salvatrice.

Par la simplicité des effets dont elle use, Betty Bui opère avec légèreté. Et c’est une feuille de nénuphars qui respire doucement, calmement. Et c’est le paysage qui précipitamment devient ondulant, la pesanteur terrienne qui divague jusqu’à se soulever et ondoyer comme une nappe secouée. Ou l’ombre projetée et tournante d’un citron jaune sur fond rouge qui marque le passage d’un temps accéléré. Quand c’est au paysage qu’elle s’intéresse, l’artiste y trouve le parfait sujet pour parler de peinture et de la nature illusionniste de l’écran.
Ainsi, dans Paysage sous influence, la pluie qui tombe sur les collines verdoyantes d’un paisible territoire, entraîne la déliquescence du paysage lui-même. C’est d’abord le caractère pictural de l’image vidéo qui ressort, comme pour dire que toute représentation est avant tout un artefact.

Il n’y a pas de leçon ici sur ce que devrait être ou non notre manière d’appréhender notre environnement, mais plutôt un amusement, un plaisir à faire douter et à introduire une dose homéopathique d’irréel dans la masse pragmatique et assurée de notre point de vue.