Caroline Duchatelet sur l’écran Caszuidas, Amsterdam.

Dans le cadre du cycle « VIDEO GUIDE – Marseilles » – diffusions sur l’écran Caszuidas à Amsterdam, Hollande – Videospread a le plaisir de présenter à partir du mois de mai 2009 et pendant un an, l’exposition personnelle de Caroline Duchatelet «Dawn».

 

Profession : Artiste
Genre : Femme
Il aura fallu plus d’un siècle et la persévérance de nombreuses femmes pour briser l’enfermement dans lequel se trouvaient les artistes de sexe féminin (exclues alors de l’enseignement des Beaux-Arts, ayant interdiction de signer un contrat avec une galerie sans l’accord de leur mari…), et pour tracer la voie qui est celle qu’empruntent les femmes artistes aujourd’hui. Voie, qui leur assure un statut d’égalité dans une pratique qui a longtemps été l’apanage des hommes.
Les réseaux féminins d’artistes, écrivains, galeristes, mécènes… qui se forment à Paris avant, entre-deux et après guerre ne sont pas tant des réseaux de solidarité professionnelle, sexuelle, sociale ou culturelle entre femmes, mais davantage une communauté qui permettra à d’autres femmes d’agir en sachant qu’elles sont partie intégrante d’une réalité partagée.
Marie Laurencin, Tamara de Lempicka, Sonia Delaunay, Iris Clert, Niki de Saint Phalle, Annette Messager ou Louise Bourgeois, pour ne citer qu’une infime partie d’entres elles, ont tour à tour trouvé leur place dans un monde artistique longtemps contrôlé par les hommes, et ont permis à d’autres femmes artistes de se projeter au delà de préoccupations purement formelles pour participer à la construction d’une théorie globale sur l’évolution de l’art.
Le programme de Caroline Duchatelet – Dawn – est le cinquième d’une série de sept expositions personnelles dédiée au travail d’artistes femmes contemporaines, ayant choisi le champ de l’art comme terrain de recherche, lieu d’expression et de développement.

Caroline Duchatelet
Dawn
– Texte de Guillaume Mansart

C’est une infime partie du monde qui fait l’œuvre de Caroline Duchatelet, une lumière qui blêmit, une ombre qui s’étire, un moment qui s’épuise, un passant qui apparaît, un espace qui se livre au fil de la durée… Si elle manie avec tact et précision une somme de matériaux solidement hétéroclites (panneaux de bois, placo-plâtre, écrans…) c’est pourtant le fugace qui construit le corps même de son art. Tout se lie, l’œuvre, le lieu, la présence, le paysage, l’exposition, la lumière… Tout se tient et se livre ensemble.
Caroline Duchatelet souligne les éléments du monde, elle s’attache à ses certitudes volatiles (ses lumières de l’aube, sa fumée, ses bruits, ses horizons, ses reflets…). L’intégralité de son œuvre s’attache à rendre sensible (bien plus que lisible) l’inconstance des choses qui pourtant persistent. C’est un art sans centre, dans lequel le contexte est lui aussi une présence. Une œuvre de la discrète attention et de l’essentielle importance.
L’artiste ne tente pas de reproduire ou de représenter la réalité, mais elle l’intègre, « porte son attention sur » et fait de la perception le moyen de se connecter à l’environnement. Dans ses installations, il y a souvent autant de points de vues qu’il y a de points dans l’espace et qu’il y a de moments dans la journée, dans la semaine, dans la saison… Car tout avance ensemble, le geste de l’artiste, le regard du spectateur et la marche du monde.
Jeudi 16 août est un film de 30 minutes, un plan fixe que l’artiste a saisi sur le plateau de la Sinne en Provence lors de l’été 2007. L’aube ayant blanchi l’horizon, l’aurore se lève, doucement la lumière s’intensifie. Pendant que la nature s’éclaire peu à peu, le vent souffle tranquillement, il semble caler sa vitesse sur la montée du jour. C’est une sorte d’accord harmonique qui se joue alors. Les nuages filent comme la lumière monte et tout progresse dans un même mouvement. L’artiste a choisi de modifier la vitesse de son enregistrement pour faire persister cette concordance rythmique sur toute la durée de la vidéo.
Le film de Caroline Duchatelet propose, 30 minutes durant, de faire corps avec le temps, avec la durée des cycles naturels. C’est en somme une expérience de vie que nous propose l’artiste, une respiration, une émotion, une rencontre approfondie avec un paysage de nature au milieu de la ville.