Dorota Buczkowska sur l’écran Caszuidas, Amsterdam.

Dans le cadre du cycle « VIDEO GUIDE – Marseilles » – diffusions sur l’écran Caszuidas à Amsterdam, Hollande – Videospread a le plaisir de présenter à partir du mois de février 2009 et pendant un an, l’exposition personnelle de Dorota Buczkowska «Meditation».

 

Profession : Artiste
Genre : Femme
Il aura fallu plus d’un siècle et la persévérance de nombreuses femmes pour briser l’enfermement dans lequel se trouvaient les artistes de sexe féminin (exclues alors de l’enseignement des Beaux-Arts, ayant interdiction de signer un contrat avec une galerie sans l’accord de leur mari…), et pour tracer la voie qui est celle qu’empruntent les femmes artistes aujourd’hui. Voie, qui leur assure un statut d’égalité dans une pratique qui a longtemps été l’apanage des hommes.
Les réseaux féminins d’artistes, écrivains, galeristes, mécènes… qui se forment à Paris avant, entre-deux et après guerre ne sont pas tant des réseaux de solidarité professionnelle, sexuelle, sociale ou culturelle entre femmes, mais davantage une communauté qui permettra à d’autres femmes d’agir en sachant qu’elles sont partie intégrante d’une réalité partagée.
Marie Laurencin, Tamara de Lempicka, Sonia Delaunay, Iris Clert, Niki de Saint Phalle, Annette Messager ou Louise Bourgeois, pour ne citer qu’une infime partie d’entres elles, ont tour à tour trouvé leur place dans un monde artistique longtemps contrôlé par les hommes, et ont permis à d’autres femmes artistes de se projeter au delà de préoccupations purement formelles pour participer à la construction d’une théorie globale sur l’évolution de l’art.
Le programme de Dorota Buczkowska – Meditation – est le troisième d’une série de sept expositions personnelles dédiée au travail d’artistes femmes contemporaines, ayant choisi le champ de l’art comme terrain de recherche, lieu d’expression et de développement.

Dorota Buczkowska
Meditation
– Texte de Guillaume Mansart –
Souvent, les vidéos de Dorota Buczkowska tentent de capter ces états fugaces de matières en train de se transformer. Ses films se situent à lisière du visible, à la limite du perceptible. Aspirées par le blanc du brouillard, de la neige, de la glace ou des nuages, les formes et couleurs que l’artiste saisit deviennent évanescentes jusqu’à parfois se perdre et disparaître. Ses œuvres ne se laissent pas attraper d’un coup d’œil indolent mais appellent la rigueur, ce que l’on nomme – bien plus que l’attention – la qualité du regard.
Les phénomènes naturels n’ont pas toujours l’urgence du spectaculaire, ils se donnent plus volontiers le temps. La montagne sur laquelle avancent les ombres portées des nuages (Two Years in the Clouds), le brouillard un temps transpercé par une tache de couleur (Point de rosée), le ciel blanc dans lequel disparaît le ballon météorologique (Point de départ), la glace qui fond et laisse apparaître la chair rouge de la viande (Apprivoiser)… Dans les vidéos de Dorota Buczkowska, les processus en cours disent invariablement l’incertitude des sens autant que des matériaux du réel. « Dans mon travail artistique, écrit-elle, je cherche par l’image, à créer ce petit moment où l’on cultive l’illusion de maîtriser, de posséder, de comprendre. »
Il y a quelque chose qui tient de la méditation dans ce travail vidéo. Le regard que l’artiste porte sur les forces douces qui habitent et constituent notre environnement naturel a la patience de l’exercice transcendantal. Il ne faudrait pourtant pas s’attendre à trouver dans son œuvre une quelconque mystique, tout cela est beaucoup plus subtil. Car c’est un rapport personnel au monde qui se joue à travers les plans fixes qu’elle pose sur des paysages immobiles. Une sorte de poétique de l’existence qui écrit l’observation et la durée comme des conditions nécessaires à la compréhension de notre environnement.
Le temps du regard s’oppose également aux instants accélérés de nos vies, il signe la nécessité de la patience là où il n’y a que de l’imminence perpétuelle.  De l’autre côté du plan séquence, de l’autre côté de l’écran, se trouve ce hors champ constitué d’existences en tous genres qui s’agitent et habitent par leur absence ces vidéos silencieuses et épurées. Au final, c’est une infime partie de la marche du monde que Dorota Buczkowska tente de saisir à travers ses éléments les moins spectaculaires.