Karen Russo

Vit et travaille à Londres.

Karen Russo est connue pour ses dessins, vidéos, installation et écrits.

“Economy of Excess” est une pièce filmée dans les égouts d’Essex (Angleterre) par un robot dont l’usage principal est celui d’identifier des points d’obstruction. Ce film est un voyage hypnotisant et sans fin dans les couloirs du labyrinthe des égouts. Modeste par ses moyens de production, cette pièce incarne la manière dont une œuvre peut osciller entre le banal et le sublime.

Une économie de l’excès

Le soleil est aux yeux de G. Bataille le symbole même du gaspillage de l’énergie. Aussi, dans une vision d’un monde totalement parodique, dans lequel tout ce que nous regardons ne serait que contrefaçon, quoi de mieux que de choisir un double du soleil, sous terre, sans lumière. À l’opposé du soleil, et tenant lieu de rayonnement, un système complexe de détritus, boue et excréments – la face obscure du Dr. Jekyll – l’égout.

À Paris, chaque foyer est relié au tout-à-l’égout, qui se compose de plus de deux mille kilomètres de galeries souterraines qui forment les entrailles du système d’épuration des eaux usées et qui représente en quelque sorte le double caché du monde des vivants.
L’égout réveille à la fois le dégoût et la fascination. Son système avale, digère, nettoie et renvoie parfois les surplus de nos excès, dans un accès de vomissement.  Son produit ayant valeur symbolique d’abondance, d’excès, de regorgement de déchets ; son débordement dans les rues accompagné d’une odeur nauséabonde est le rappel indiscutable du monde souterrain qui existe sous nos pieds.
Parodie de l’abondance. Couleurs électrisantes, surpuissantes, séduisantes et hypnotisantes.
Cette pénétration de l’égout est violente, physique, répugnante, écoeurante. C’est l’infiltration de l’insalubrité dans un monde sain. C’est un flux contre-nature de matière destinée à l’évacuation, à l’expulsion. Cette régression inspire le dégoût. À l’inverse de la matière flottante visqueuse des marécages nous rappelant un passé lointain, ce débordement est un rappel à une réalité bien proche de nous, celle que nous tentons de faire disparaître au quotidien.

(Extrait du communiqué de presse de l’exposition VTO, Londres, 2005)