Katia Bourdarel sur l’écran Caszuidas, Amsterdam.

Dans le cadre du cycle «VIDEO GUIDE – Marseilles» – diffusions sur l’écran Caszuidas à Amsterdam, Hollande – Videospread a le plaisir de présenter à partir du mois de janvier 2009 et pendant un an, le programme monographique de Katia Bourdarel, «Superstitions».

Profession : Artiste
Genre : Femme

Il aura fallu plus d’un siècle et la persévérance de nombreuses femmes pour briser l’enfermement dans lequel se trouvaient les artistes de sexe féminin (exclues alors de l’enseignement des Beaux-Arts, ayant interdiction de signer un contrat avec une galerie sans l’accord de leur mari…), et pour tracer la voie qui est celle qu’empruntent les femmes artistes aujourd’hui. Voie, qui leur assure un statut d’égalité dans une pratique qui a longtemps été l’apanage des hommes.

Les réseaux féminins d’artistes, écrivains, galeristes, mécènes… qui se forment à Paris avant, entre-deux et après guerre ne sont pas tant des réseaux de solidarité professionnelle, sexuelle, sociale ou culturelle entre femmes, mais davantage une communauté qui permettra à d’autres femmes d’agir en sachant qu’elles sont partie intégrante d’une réalité partagée.

Marie Laurencin, Tamara de Lempicka, Sonia Delaunay, Iris Clert, Niki de Saint Phalle, Annette Messager ou Louise Bourgeois, pour ne citer qu’une infime partie d’entres elles, ont tour à tour trouvé leur place dans un monde artistique longtemps contrôlé par les hommes, et ont permis à d’autres femmes artistes de se projeter au delà de préoccupations purement formelles pour participer à la construction d’une théorie globale sur l’évolution de l’art.

Le programme de Katia Bourdarel – Superstitions – est le second d’une série de sept programmes monographiques dédiée au travail d’artistes femmes contemporaines, ayant choisi le champ de l’art comme terrain de recherche, lieu d’expression et de développement.

Katia Bourdarel
Superstitions

– Texte de Guillaume Mansart –

On pourrait d’abord prendre le travail de Katia Bourdarel pour ce qu’il n’est pas, à savoir le décor nu d’un monde féérique à l’intérieur duquel des princesses dansent au milieu d’une nature domestiquée, et dans lequel des enfants deviennent un peu trop facilement des héros aux cœurs purs. On pourrait d’abord tomber dans le panneau de ce bonheur sans aspérité, qui s’écrit comme coulent les fleuves, avec force, douceur et conviction.

C’est que les codes sont là ; qu’ils se livrent sans voile dans les peintures, les installations, les photos ou les vidéos : l’enfance, le conte, le sublime, la vie rêvée de ces anges qui n’ont de défauts que leur aveuglante beauté. Puisque c’est de cet univers aux contours de velours qu’il s’agit dans l’œuvre de Katia Bourdarel, on pourrait trop rapidement en rester là, confortablement, ne pas pénétrer l’essence des choses. Se garder de remuer là où tout se passe vraiment, quelque part entre le souvenir, le traumatisme, la famille, la sexualité…

On pourrait sans conviction rester dans le non-dit, mais il faut plonger, car toute cette œuvre est baignée dans l’analyse. Dans les constructions invisibles qui échafaudent l’humain, dans les forces ambigües qui structurent notre rapport aux autres, au monde. Si elle regarde l’enfance, Katia Bourdarel le fait avec l’acuité d’un point de vue posé. Et si les contes et les légendes (de Peau d’âne, au Petit chaperon rouge en passant par Bambi ou Cendrillon…) lui apparaissent alors comme les réceptacles d’un imaginaire possible, ils se révèlent également à elle pour ce qu’ils sont : les fragments plus ou moins avoués d’une réalité contenue, les signes apparents d’une complexité inconsciente.

La polysémie des symboles en jeu dans ces récits fantastiques deviennent les arguments d’une œuvre paradoxalement tiraillée entre cette soyeuse surface et l’éprouvante sensation d’une apnée vers les profondeurs du « moi ». A bien y regarder l’enfance y est pleine de beauté autant que de cruauté. Insouciante et oppressée par des codes qui la structurent et la dépassent.

Et si la sexualité, latente ou affirmée, occupe une place importante dans cette œuvre, c’est que sous la chair il y a l’os. Sous Eros, Thanatos. Signes d’une dualité qui dit les contradictions constitutives de la vie elle-même.

Bâtissant son travail sur les contes et l’imagerie populaire liée à l’enfance, Katia Bourdarel feint l’innocence pour toucher à l’essentiel, à ces constructions culturelles qui parlent de l’humain autant qu’elles stigmatisent notre société.