Marie Bovo sur l’écran géant Caszuidas, Amsterdam.

Dans le cadre du cycle « VIDEO GUIDE – Marseilles » – diffusions sur l’écran Caszuidas à Amsterdam, Hollande – Videospread a le plaisir de présenter à partir du mois de septembre 2009 et pendant un an, l’exposition personnelle de Marie Bovo «Inferno».

 

Profession : Artiste
Genre : Femme
Il aura fallu plus d’un siècle et la persévérance de nombreuses femmes pour briser l’enfermement dans lequel se trouvaient les artistes de sexe féminin (exclues alors de l’enseignement des Beaux-Arts, ayant interdiction de signer un contrat avec une galerie sans l’accord de leur mari…), et pour tracer la voie qui est celle qu’empruntent les femmes artistes aujourd’hui. Voie, qui leur assure un statut d’égalité dans une pratique qui a longtemps été l’apanage des hommes.
Les réseaux féminins d’artistes, écrivains, galeristes, mécènes… qui se forment à Paris avant, entre-deux et après guerre ne sont pas tant des réseaux de solidarité professionnelle, sexuelle, sociale ou culturelle entre femmes, mais davantage une communauté qui permettra à d’autres femmes d’agir en sachant qu’elles sont partie intégrante d’une réalité partagée.
Marie Laurencin, Tamara de Lempicka, Sonia Delaunay, Iris Clert, Niki de Saint Phalle, Annette Messager ou Louise Bourgeois, pour ne citer qu’une infime partie d’entres elles, ont tour à tour trouvé leur place dans un monde artistique longtemps contrôlé par les hommes, et ont permis à d’autres femmes artistes de se projeter au delà de préoccupations purement formelles pour participer à la construction d’une théorie globale sur l’évolution de l’art.
Le programme de Marie Bovo – inferno – est le dernier d’une série de sept expositions personnelles dédiée au travail d’artistes femmes contemporaines, ayant choisi le champ de l’art comme terrain de recherche, lieu d’expression et de développement.

 

 

 

Marie Bovo
Inferno

– Texte de Guillaume Mansart –

C’est le désir de se frotter à toutes les formes de déplacement qui a conduit Marie Bovo à travailler sur l’écart nécessaire et inévitable de la traduction dans une de ses pièces récentes. Puisqu’il y a dans le déplacement d’une langue à une autre une infime distance à l’intérieur de laquelle des mots ou des sens restent parfois suspendus ; puisqu’il y a dans le déplacement d’un texte écrit à un texte dit un intervalle presque insignifiant dans lequel des sentiments restent non-dits, c’est alors précisément à cet endroit que l’artiste choisit d’opérer.

Pour Marie Bovo, l’essentiel se loge dans l’insaisissable, dans ce qui existe par delà les territoires, dans l’entre des choses, et c’est dans l’entre-monde de L’Enfer de Dante qu’elle prend la parole dans cette langue de l’indicible que constitue son oeuvre.

S’il s’appuie sur un ouvrage littéraire; il ne faut pourtant pas comprendre ce travail (qui se déploie à travers la vidéo et la photographie) comme une illustration ou une adaptation littérale des Chants I et V du livre de Dante. Il s’agit ici avant tout d’une
traduction, d’un report d’une langue écrite à un langage formel (« Une traduction intersémiotique ou de transmutation* »). Un tunnel sans fin non pas comme symbole mais comme une figure autonome qui renvoie aux mêmes catégories de sentiments que ceux exprimés par les mots. L’éclosion et la flétrissure d’un lys comme images poétiques résonnantes.

Dans sa version originale, Les Chants de l’Enfer sont accompagnés des voix de Kadhim Jihad, poète et critique littéraire, traducteur en arabe de Dante, et de Maha Hassan, poète syrienne d’origine kurde. Tous deux récitent le texte des chants en arabe littéraire. Pour le programme Videospread, les voix ont disparu au profit d’un sous-titrage en anglais qui court sur l’image et accompagne les « phrases visuelles » de Marie Bovo. C’est une manière de figurer encore ce déplacement du sens possible et de proposer une nouvelle confrontation entre une image nue, un texte ancestral, une langue mondiale et un espace public ouvert. Sur l’écran géant, au coeur de la ville, c’est un témoignage sur l’enfer qui se donne à lire à tous.

* Roman Jakobson dans Essais de linguistique générale, cité par Kadhim Jihad dans un texte sur le travail de Marie Bovo.