Michèle Sylvander sur l’écran géant Caszuidas, Amsterdam.

Dans le cadre du cycle « VIDEO GUIDE – Marseilles » – diffusions sur l’écran Caszuidas à Amsterdam, Hollande – Videospread a le plaisir de présenter à partir du mois de juillet 2009 et pendant un an, l’exposition personnelle de Michèle Sylvander «Sleepless».

 

Profession : Artiste
Genre : Femme
Il aura fallu plus d’un siècle et la persévérance de nombreuses femmes pour briser l’enfermement dans lequel se trouvaient les artistes de sexe féminin (exclues alors de l’enseignement des Beaux-Arts, ayant interdiction de signer un contrat avec une galerie sans l’accord de leur mari…), et pour tracer la voie qui est celle qu’empruntent les femmes artistes aujourd’hui. Voie, qui leur assure un statut d’égalité dans une pratique qui a longtemps été l’apanage des hommes.
Les réseaux féminins d’artistes, écrivains, galeristes, mécènes… qui se forment à Paris avant, entre-deux et après guerre ne sont pas tant des réseaux de solidarité professionnelle, sexuelle, sociale ou culturelle entre femmes, mais davantage une communauté qui permettra à d’autres femmes d’agir en sachant qu’elles sont partie intégrante d’une réalité partagée.
Marie Laurencin, Tamara de Lempicka, Sonia Delaunay, Iris Clert, Niki de Saint Phalle, Annette Messager ou Louise Bourgeois, pour ne citer qu’une infime partie d’entres elles, ont tour à tour trouvé leur place dans un monde artistique longtemps contrôlé par les hommes, et ont permis à d’autres femmes artistes de se projeter au delà de préoccupations purement formelles pour participer à la construction d’une théorie globale sur l’évolution de l’art.
Le programme de Michèle Sylvander – Sleepless – est le sixième d’une série de sept expositions personnelles dédiée au travail d’artistes femmes contemporaines, ayant choisi le champ de l’art comme terrain de recherche, lieu d’expression et de développement.

Michèle Sylvander
Sleepless

 

– Texte de Guillaume Mansart –

 

Michèle Sylvander développe un travail artistique qui s’appuie principalement sur la photographie mais déploie également ses formes dans l’installation, le dessin ou la vidéo… Ses œuvres problématisent la question du genre, des codes sexuels, du corps politique, social, du rapport à l’autre… L’autoportrait et la vie de famille y occupent une place centrale ; à travers eux, l’artiste affirme le point de vue suivant lequel la proximité de l’expérience personnelle contient une certaine forme d’universalité. Ils disent aussi qu’il y a là le nœud de la construction sociale (le « moi » dans le petit jeu de la cellule familiale comme métonymie du « moi » sur la grande scène du monde).

Le visage de Michèle Sylvander se lit alors comme une récurrence sur ses photographies ou dans ses vidéos, un visage démultiplié, un corps sériel, morcelé, souvent caché derrière toutes sortes de transparences. L’usage du voile (métaphorique ou réel) réitère l’intérêt pour cette frontière ténue entre ce qui est caché et ce qui se livre au regard. « Mes images sont du côté de l’indéfinition, dit-elle, celle du sexe et du reste. Seule la surface des choses m’intéresse ». La peau, l’écran, le vêtement, le masque, la burka; tout ce qui retient et sur quoi on projette. Tout ce qui révèle une identité et la voile (ou la nie) en un même mouvement.
La posture de Michèle Sylvander n’est pas militante ou revendicatrice, elle dit néanmoins qu’il y a un pouvoir qui s’exerce sur la surface du corps et que c’est en profondeur que se gravent les blessures et se jouent les résistances.

C’est à une intersection que travaille l’artiste, sur cette limite de l’être et du paraître. L’intime est un champ de bataille qu’elle convoque avec retenue. Plus que d’intimité, c’est d’ailleurs sans doute d’ « extimité » dont il est question dans cette œuvre, de ce besoin d’extérioriser un « moi intérieur » afin de mettre en place un échange, d’ouvrir un dialogue.

Mêlant des éléments de sa biographie personnelle et des mises en scène étranges et inquiétantes relevant d’un imaginaire onirique, elle construit les multiples niveaux d’un univers ambigu. Ses œuvres sont autant de « je » possibles, autant d’espaces pour des personnages fictifs ou réels, qui déambulent les uns à côté des autres vers le spectateur, en vue d’interroger ensemble la somme sans fin des histoires de vies de chacun.