Moussa Sarr à Sydney, Australie

C’est avec plaisir que Videospread annonce la diffusion du programme Versus de l’artiste Moussa Sarr. Il sera diffusé sur grand écran à Sydney à l’université de New South Wales pendant l’événement O Week du 20 au 24 février et à l’occasion de l’inauguration de l’écran géant de Liverpool le 21 février pendant une durée de trois mois.

« Le corps est l’agent physique des structures de l’expérience du quotidien. Il est le producteur de rêves, le transmetteur et récepteur de messages culturels, une créature d’habitudes, une machine à désirs, un réceptacle de souvenirs, un acteur du théâtre du pouvoir, un tissu d’affect et de sentiments. Parce que le corps est la frontière entre la biologie et la société, entre le faire et le discours, entre le sexuel et ses catégories en terme de pouvoir, de biographie et d’histoire, il est l’objet par excellence de la transgression des contraintes de la définition, ou de ce que le discours social admet comme étant normal. »

Nelly Richard-Extrait de The Art Story – Performance Art, page 1.

 

Moussa Sarr dit de son propre travail : « Je joue régulièrement avec mon image ; afin de devenir l’image même et mettre un terme aux clichés. » En tant qu’artiste performeur et artiste vidéo son œuvre interroge les notions intrinsèques à la nature humaine souvent par la personnification du règne animal. Son corps forme le contenu de son travail. L’engagement et l’attention avec le spectateur est dans son intégralité centré sur lui – son corps, son visage, son attitude – tout en explorant et questionnant son identité il réveille une résonance globale et communale.  Les questions qu’il soulève à travers son image le relie à toute personne qui aura été déplacée de son pays d’origine et qui tente de s’acclimater à un autre endroit, à une autre langue, à d’autres rituels et traditions.

Au delà de l’humour et de la satire, la pratique de Moussa Sarr est ancrée dans l’histoire de l’art et de la performance, en usant de sa présence physique pour communiquer des messages politiques et culturels directement enregistrés sur bande par la caméra. Son travail se situe entre l’art de la performance et l’auto portrait photographique. En tant que performance, le contenu est théâtral, chorégraphié, narratif, mis en scène, provocateur, contestateur et porte à réflexion.  En terme d’auto représentation, le moi est volontairement objectivé – le processus d’identification est exagéré et ne doit être négligé.  L’existence de ces performances sous forme de films courts, diffusés en boucle dans l’espace d’exposition, met l’accent sur les sujets et problématiques qu’elles soulèvent, sans toutefois donner au spectateur la possibilité de s’écarter de sa position directe et conflictuelle. Contrairement à d’autres artistes qui se basent sur leur auto portraiture comme fondement de leur travail tels que Hannah Wilke, Cindy Sherman ou Gillian Wearing, Moussa Sarr ne fait pas usage de déguisement, ne modifie pas son apparence. Il travaille l’exactitude des mimiques des animaux qu’il représente et se dispense de costumes élaborés, maquillage et autres accessoires, mais pour autant, sélectionne avec précision son costume pour chaque performance, ajoutant de subtils détails pour appuyer son propos.

Moussa Sarr joue avec les stéréotypes et questionne les clichés mais le cœur de son travail est ancré dans l’histoire de la performance qui traditionnellement à été utilisée pour bousculer les conventions et les formes d’art établies. Moussa Sarr utilise la performance pour questionner la discrimination, les structures sociales et de pouvoir et interroge la manière dont nous nous percevons et nous répondons entre êtres humains. Le fait que son travail trouve son existence dans le film et non pas en « performance live » renforce le message qu’il communique. Il est un acteur et imitateur extraordinaire. Faire l’expérience des ses installations va vous laisser troublés et interrogatifs, mais vous laissera toujours avec le sourire car son ton n’est jamais autoritaire et reste enjoué et agréablement moqueur.

Sanna Moore, septembre 2015