Pippo Lionni sur l’écran Caszuidas, Amsterdam.

Nous avons le plaisir de débuter cette nouvelle année avec l’inauguration de l’exposition personnelle de l’artiste Pippo Lionni « Re-animation ». Lancée en janvier 2010, elle sera présentée pendant un an.

 

Re-animation
– Texte de Sarah Carrière-Chardon –

Pippo Lionni publie et expose ses « Facts of Life » depuis 1998. De la collection des petits livrets fluorescents aux installations dans des galeries d’art, il détourne des pictogrammes pour leur donner vie, non sans humour, en une satire du fait social. Dans ce sens, s’opère un incessant jeu de va et vient narratif où l’animation offre un autre niveau de lecture. « D’ordinaire, je travaille sur mesure en fonction de l’espace alloué à l’exposition, je module le temps de confrontation dans un contexte donné. L’animation est pour moi le moyen de jouer sur la dualité entre abstraction et fiction : de loin on ne perçoit qu’une dynamique visuelle de signes en mouvement, de près on se rend compte que ces signes répondent à leur propre cycle de vie, selon des algorithmes aléatoires, combinatoires et organiques. Cette relation entre le temps et la distance confère une nouvelle dimension à la série « Facts of Life ». Avec l’animation, on se demande toujours « what is next ? » explique Pippo Lionni.

Que peut-il donc encore se passer avec des pictogrammes ? Forme de langage universel, normalisé. Ils balisent les routes de notre quotidien perçus rapidement et sans ambiguïté. Sur eux repose un confort de lecture, d’usage et d’action. Ayant force de symboles, ils sont une représentation graphique schématique, un dessin figuratif stylisé fonctionnant comme le signe d’une langue écrite et qui ne se transcrit pas à l’oral. Ils servent généralement à la signalétique et constituent une alternative à une signalisation multilingue pour décrire une situation, prescrire un comportement déterminé, indiquer un danger. Ces symboles se font réglementation publiée au Journal Officiel. Cette production contribue à une soumission pragmatique que vient réveiller Pippo Lionni, ayant recours à l’évident, au stéréotype pour aborder l’énigmatique et la diversité. Graphiste, il maîtrise ces outils de communication dans le cadre de la commande Design. Artiste, Pippo Lionni manipule ces outils et conçoit son œuvre comme un univers parallèle de formes et de signes agencés par le moyen d’une grammaire spécifique à double fond qui nous entraîne, par effet miroir, à entrer dans sa propre sémiologie.

 

La diffusion sur un écran géant constitue un passage sur la crête pour Pippo Lionni où son œuvre retrouve le chemin de l’espace public. Au delà du déplacement de contexte de monstration, la sélection de ces 8 films d’animation pour la Média Façade d’Amsterdam, pourrait tout faire basculer. Elle met Pippo Lionni en danger. Qui du graphiste ou de l’artiste va prendre le dessus ? Ré-Animation… Être réanimé, c’est se trouver entre la vie et la mort, purgatoire terrestre où l’on mise sur une seconde chance, une seconde vie. Ces animations sont ainsi exposées à l’aléatoire d’une programmation commerciale, au flux des passants, au hasard de la vie. Animée dans les lieux attendus de l’art contemporain, le détournement opérait de soi. Confrontée à l’espace public, l’ambiguïté pointe… Oserais-je dire : enfin ! De sa dualité propre de graphiste et d’artiste, répond en écho toute une dialectique où se confrontent abstraction et figuration, macro et microcosme, identité et altérité, légalité et légitimité, inné et acquis, passivité et activisme, déterminisme et libre arbitre, commande et liberté de création… A l’instar d’Hegel pour qui « Une chose n’est vivante que pour autant qu’elle renferme une contradiction et possède la force de l’embrasser et de la soutenir », il s’engage dans une sorte de provocation, qui vient utiliser les armes de l’adversaire pour faire exploser une bombe générative de pensée, non déterminée, « donc perverse ». Opérant comme un acte de contre propagande, cette ré-animation vient à faire palpiter de manière plus vibrante encore la dimension politique de son art au cœur de la cité.

 

Jouant du caractère réversible des images et de la polysémie de ces codes « ready-made », il en appelle à une introspection, pour une ode aux sens de la condition humaine et se pose en artiste de vérité toute Hegelienne soit-elle, en forme de pirouette cérébrale. Pas si éloigné que cela des préoccupations du Street Art, Pippo Lionni vous en conjure : « La vérité est en vous, trouvez-la ! ».