Véronique Rizzo sur l’écran Caszuidas, Amsterdam.

Dans le cadre du cycle «VIDEO GUIDE – Marseilles» – diffusions sur l’écran Caszuidas à Amsterdam, Hollande – Videospread a le plaisir de présenter à partir du mois de novembre 2008 et pendant un an, le programme monographique de Véronique Rizzo, «Split Screen».

 

Profession : Artiste
Genre : Femme
Il aura fallu plus d’un siècle et la persévérance de nombreuses femmes pour briser l’enfermement dans lequel se trouvaient les artistes de sexe féminin (exclues alors de l’enseignement des Beaux-Arts, ayant interdiction de signer un contrat avec une galerie sans l’accord de leur mari…), et pour tracer la voie qui est celle qu’empruntent les femmes artistes aujourd’hui. Voie, qui leur assure un statut d’égalité dans une pratique qui a longtemps été l’apanage des hommes.
Les réseaux féminins d’artistes, écrivains, galeristes, mécènes… qui se forment à Paris avant, entre-deux et après guerre ne sont pas tant des réseaux de solidarité professionnelle, sexuelle, sociale ou culturelle entre femmes, mais davantage une communauté qui permettra à d’autres femmes d’agir en sachant qu’elles sont partie intégrante d’une réalité partagée.
Marie Laurencin, Tamara de Lempicka, Sonia Delaunay, Iris Clert, Niki de Saint Phalle, Annette Messager ou Louise Bourgeois, pour ne citer qu’une infime partie d’entres elles, ont tour à tour trouvé leur place dans un monde artistique longtemps contrôlé par les hommes, et ont permis à d’autres femmes artistes de se projeter au delà de préoccupations purement formelles pour participer à la construction d’une théorie globale sur l’évolution de l’art.
Le programme de Véronique Rizzo – Split Screen – inaugure une série de sept programmes monographiques dédiée au travail d’artistes femmes contemporaines, ayant choisi le champ de l’art comme terrain de recherche, lieu d’expression et de développement.

Véronique Rizzo
Split Screen
– Texte de Guillaume Mansart –
Le travail de Véronique Rizzo s’appuie sur une connaissance approfondie des grands moments de l’histoire de l’art récente. Principalement tournée vers l’abstraction (des avant-gardes russes jusqu’à l’op art en passant par l’art concret ou le Bauhaus…) cette compréhension précise pose les bases d’une pratique qui redéfinit, se détache, contredit ou amplifie ces fondements théoriques.
Véronique Rizzo opère à l’aune des transformations du monde et des remises en cause, de l’échec ou des réussites des programmes idéologiques qui ont accompagnés les abstractions modernistes. Portant un regard tour à tour ironique ou partisan sur cette pensée formelle, elle puise son vocabulaire plastique dans ces géométries chargées de sens. Que ce soit les motifs de Vasarely dans sa vidéo Tilos, ceux de Jean Arp ou Pol Bury dans Gestalt, ils constituent le socle d’un art qui, à l’heure des techniques numériques, rejoue ces expérimentations visuelles, les animent et les mixent…
Car à l’image arrêtée de la peinture succède le mouvement de la vidéo, car à l’enfermement de la forme pure et autonome se substitue l’inclusion de motifs issus de la culture populaire. Génériques d’émissions de télévision ou de films des années 1960-70, BD, science-fiction, cultures urbaines, musiques électroniques, psychédélisme… Tout se rencontre et coïncide d’une manière ou d’une autre dans cette œuvre de synthèse.
Et puisque les utopies sont tombées sous le feu de politiques trop rationnelles, puisque les formes cinétiques se sont fait rattraper par l’industrie de la communication de masse, de l’identité visuelle, de la permanence de l’image, alors Véronique Rizzo prend acte et joue le jeu du sensoriel et du sensationnel.
Les (installations) vidéos qu’elle réalise ont une charge vibratoire qui les place invariablement du côté de l’expérience corporelle. Parfois oppressante (Panopticon XXXX), résonnante (Tilos), narrative (Labyrinthe vert), ou hypnotique (Sun1), elles disent intensément la puissance émotionnelle de la forme. Si le travail de Véronique Rizzo peut être perçu comme une mise en question, il doit également être compris comme une affirmation, celle qui dit la validité du motif sur une réalité physique. C’est cette force opérante qui se donne à lire sans détour dans cette géométrie vivante et sensible.