Videospread au Printemps de l’Art Contemporain, Marseille.

Videospread a le plaisir de présenter le programme de Marie Bovo, Inferno. Il sera diffusé le 12 mai 2010, à l’occasion de la soirée d’ouverture du Printemps de l’Art Contemporain, aux Grandes Tables de La Friche, Marseille.

Marie Bovo
Inferno

– Texte de Guillaume Mansart –

C’est le désir de se frotter à toutes les formes de déplacement qui a conduit Marie Bovo à travailler sur l’écart nécessaire et inévitable de la traduction dans une de ses pièces récentes. Puisqu’il y a dans le déplacement d’une langue à une autre une infime distance à l’intérieur de laquelle des mots ou des sens restent parfois suspendus ; puisqu’il y a dans le déplacement d’un texte écrit à un texte dit un intervalle presque insignifiant dans lequel des sentiments restent non-dits, c’est alors précisément à cet endroit que l’artiste choisit d’opérer.

Pour Marie Bovo, l’essentiel se loge dans l’insaisissable, dans ce qui existe par delà les territoires, dans l’entre des choses, et c’est dans l’entre-monde de L’Enfer de Dante qu’elle prend la parole dans cette langue de l’indicible que constitue son oeuvre.

S’il s’appuie sur un ouvrage littéraire; il ne faut pourtant pas comprendre ce travail (qui se déploie à travers la vidéo et la photographie) comme une illustration ou une adaptation littérale des Chants I et V du livre de Dante. Il s’agit ici avant tout d’une
traduction, d’un report d’une langue écrite à un langage formel (« Une traduction intersémiotique ou de transmutation* »). Un tunnel sans fin non pas comme symbole mais comme une figure autonome qui renvoie aux mêmes catégories de sentiments que ceux exprimés par les mots. L’éclosion et la flétrissure d’un lys comme images poétiques résonnantes.

Dans sa version originale, Les Chants de l’Enfer sont accompagnés des voix de Kadhim Jihad, poète et critique littéraire, traducteur en arabe de Dante, et de Maha Hassan, poète syrienne d’origine kurde. Tous deux récitent le texte des chants en arabe littéraire. Pour le programme Videospread, les voix ont disparu au profit d’un sous-titrage en anglais qui court sur l’image et accompagne les « phrases visuelles » de Marie Bovo. C’est une manière de figurer encore ce déplacement du sens possible et de proposer une nouvelle confrontation entre une image nue, un texte ancestral, une langue mondiale et un espace public ouvert. Sur l’écran géant, au coeur de la ville, c’est un témoignage sur l’enfer qui se donne à lire à tous.

* Roman Jakobson in Course in General Linguistics, quoted by Kadhim Jihad in a text on Marie Bovo’s work