Videospread sur le câble danois !

Videospread a le plaisir de vous présenter, en collaboration avec TV-TV, un programme intitulé « Television Schizophrenia », le 26 septembre 2007 à 23 heures sur Kanal Kobenhavn (Copenhague, Danemark).

 

Le programme présenté à cette occasion est construit sur le thème du cinéma, de la série télévisuelle, et questionne l’influence de la télévision dans notre culture actuelle et les relations ambivalentes que nous avons (créées) avec le téléviseur et son contenu.

Les œuvres de Guillaume Paris, Fabrice Reymond, Virginie Yassef et le bonus de Julie Sorin, nous invitent à explorer d’une nouvelle manière des images qui nous sont étrangement familières…

Dérives d’Images

Les Surréalistes aimaient, paraît-il, rentrer dans les salles de cinéma au hasard des programmes, en plein milieu des séances, passant bruyamment d’une projection à une autre après en avoir regardé à peine quelques séquences ; puis ils poursuivaient dans les rues de Paris leurs promenades au hasard des rues et des rencontres, comme si le film n’avait été qu’un moment du réel parmi d’autres. Ce ne sont bien sûr ni les prétentions artistiques du cinéma, ni ses machines spectaculaires qui les ravissaient, mais bien plutôt l’étrange naïveté de ses histoires, l’absurdité de ses artifices, et sa capacité à mécaniquement reconstituer la banalité même de la vie. Rêve éveillé, le cinéma venait révéler à l’homme l’irrationalité de ses sens et le désordre de son propre esprit, partagé entre la compréhension du monde et de ses doubles.

Si aujourd’hui, la télévision s’est imposée dans notre environnement bien davantage que les salles de cinéma, l’impact de ses discours et de ses images nous a rendu sa mécanique et son incohérence de moins en moins distrayantes. Alors qu’elle se complaît à faire événement de tout, à alourdir de symboles le moindre de ses plateaux et à enchaîner ses spots sur un rythme frénétique, le zapping n’est plus tant une flânerie au hasard des images à la manière Surréaliste qu’une fuite en avant, tentative d’échapper à la force d’impact du visuel. Le petit écran nous happe par ses sollicitations constantes, et ses programmes ne nous laissent pas le temps de nous en échapper.

Les vidéos qui constituent le programme diffusé sur Kanal Kobenhavn, ont toutes à voir avec les anciens rêves du cinématographe. Virginie Yassef met par écrit les péripéties de films burlesques, Julie Sorin retrouve le motif, scandaleux lors de sa première apparition aux pleines dimensions de l’écran, du « baiser de cinéma » ; Guillaume Paris reprend aux expériences du cinéma abstrait et expérimental. Quant aux séquences de « cinéma générique » de Fabrice Reymond, leur amateurisme rappelle les balbutiements et la magie des premières « vues » des opérateurs Lumière ou des métrages de Georges Méliès. Muettes, peu spectaculaires, sinon abstraites, excessivement ralenties ou accélérées, saccadées, elles déjouent la logique télévisuelle pour retrouver alors ce qu’avait d’insensé le cinéma qui enchantait les Surréalistes : une manière de prêter attention à des choses inutiles, de s’attarder sur de l’insignifiant, de monumentaliser le quotidien – sans jamais pour autant prétendre y ajouter du sens, y surimposer une signification tapageuse. Guillaume Paris, en exagérant l’effet hypnotique du petit écran, ou Fabrice Reymond, lorsqu’il filme le surgissement merveilleux d’un coucher de soleil dans une bouée sur la mer, vident leurs images pour mieux se départir de l’économie télévisuelle. Et, au fil des descriptions de détournements d’objets et de quiproquos décrits à même l’écran par Virginie Yassef, se dessine une manière de prendre la mesure du petit écran : comme Buster Keaton ou Charlot aux prises avec le monde des objets industriels, comme les Surréalistes face à l’écran de cinéma, à nous de prendre la télévision à contre-emploi, de lui trouver des mésusages, de la considérer avec détachement.

Benjamin Thorel